Antoine Joseph Santerre, un brasseur révolutionnaire

La femme sans tête s'intéresse à l'histoire de la bière et plus particulièrement à la petite histoire de la bière parisienne.


Notre homme sans cœur pourrait, ainsi, très bien avoir été Santerre, brasseur populaire du Faubourg Saint-Antoine qui, après avoir participé à la prise de la Bastille puis à celle des Tuileries, sera appointé à la surveillance du roi Louis XVI qu'il escortera jusqu'à la guillotine. Ce truculent brasseur, devenu héros de la révolution, verra pourtant sa carrière de révolutionnaire partir en mousse quand il sera envoyé en Vendée comme général de brigade. Quand il refait surface à Paris, quelques mois plus tard, il est soupçonné de collusion avec les royalistes et celui que l'on nommait ironiquement le général mousseux ne sauva sa tête que grâce à la chute de Rosbespierre.


Lassé de ses tribulations de révolutionnaire, Santerre revint à sa brasserie du Faubourg Saint-Antoine mais la trouva fermée : son épouse (une femme sans cœur et peu patiente) l'avait liquidée en son absence ! Toujours énergique et visionnaire il n'en resta pas là et sollicita une aide du ministère de l'intérieur pour développer des Ales et Porters dans le goût anglais (seules bières qui pouvaient voyager au long cours), ambitionnant ainsi de développer le marché français de ces nouvelles bières lucratives. Mais ses appels à "produire local" ne furent pas écoutés (les temps n'étaient pas mûrs pour ce révolutionnaire de la bière) et il mourut, ruiné, en 1809.




Pour commémorer cette figure historique de la brasserie, la femme sans tête a brassé dans son labo une bière du peuple selon une recette trouvée dans un recueil écrit en 1834 qui fait mention des ingrédients qui composaient les bières parisiennes d'avant la révolution. Des proportions surprenantes aujourd'hui : 1/3 d'orge et 2/3 de malts ! Aromatisée de houblons belges, le résultat est une bière du peuple douce, parfumée et longue en bouche. Recette à travailler avec, pourquoi pas, l'ajout de betterave pour la colorer en rouge, comme la fameuse bière rouge de la brasserie de l'Hortensia de Joseph Antoine Santerre...


Pour en savoir plus sur Santerre : http://www.paris-a-nu.fr/les-tambours-de-santerre/

Sources : Ferdinand Reiber, Études gambrinales, 1881

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